Texte, livret de l'exposition 3296 de Anne Charlotte Yver à l'AHAH, Cité griset, Paris, septembre 2018.

Le travail d’Anne Charlotte Yver met en tension des échelles de temps. Œuvre après œuvre, elles se dissolvent l’une dans l’autre.

Pour la clôture de sa résidence à l’AhAh, elle présente l’œuvre 3296. Cet assemblage de tubes contient du béton et une concentration d’acides. C’est le dosage qui règle la vitesse de dissolution et c’est la vitesse de dissolution qui donne la teinte. S’y dissolvent les éléments d’un paysage potentiel. Un futur hypothétique qui nous adresse un étrange sourire. Comme celui de ce crâne de cheval qui fut pour elle un totem d’atelier, un élément d’assemblage, et qui finit sa vie scellée sous une enveloppe de cuir.

Ici se désagrège lentement du béton, qui fut l’un des premiers matériaux de son travail. Ce condensé de minéraux est un alliage créé par l’homme. Il tient sa provenance de la sédimentation des roches et forme les bâtiments qui disciplinent les périmètres de nos vies. Il advint un jour au Chili que devant elle ces mêmes roches se mirent à bouger et les rues s’éventrèrent, et les murs s’effritèrent. Les cailloux s’en retournèrent avec les cailloux. La matière et l’usage de la matière donnèrent à voir leurs relations anthropophages. 

Les sculptures contiennent une temporalité qui les dévore. Le temps qui est à l’œuvre en elles ne se donne à nous que par suggestion. A nos yeux il est invisible. Le moment de l’exposition n’est alors qu’un instantané de la métamorphose des matières. Anne-Charlotte Yver présente avec ces tubes en suspend dans l’espace une chronophotographie de la disparition des choses.

Quentin Mornay, septembre 2018.